À retenir : une performance ne veut rien dire sans trois précisions — dans quelle devise (pour un Suisse, en CHF), nette ou brute de frais, et selon quelle méthode (TWR ou MWR). Le même portefeuille peut afficher un rendement flatteur en dollars et un rendement médiocre en francs, nets de frais.

Pourquoi le « +X % » affiché n'est pas votre performance réelle

Le chiffre mis en avant par une plateforme de courtage est souvent une performance brute, exprimée dans la devise de l'actif, avant plusieurs couches de frais. Or votre rendement réel, c'est ce que vous pouvez effectivement récupérer en francs, une fois tout déduit. Deux écarts se creusent silencieusement : les frais et le change.

Voici les principaux coûts qui rognent le rendement d'un investisseur suisse. Chacun paraît minime isolément, mais leur cumul annuel, année après année, pèse lourd via les intérêts composés.

Type de coût Ce que c'est Effet
Commission de courtage Frais par ordre d'achat/vente Ponctionne chaque transaction
Spread (écart bid-ask) Écart entre prix d'achat et de vente Coût invisible mais réel
Droits de garde Frais de conservation des titres Prélevés périodiquement
TER du fonds / ETF Frais courants annuels du produit Déduits en continu de la valeur
Droit de timbre de négociation Impôt fédéral sur les transactions 0,075 % titres suisses / 0,15 % étrangers
Effet de change (FX) Conversion devise étrangère → CHF Peut inverser le signe du rendement

Le TWR (time-weighted return) : comparer la stratégie

Le TWR, ou rendement pondéré par le temps, mesure la performance d'un portefeuille en neutralisant l'effet de vos versements et retraits. Concrètement, on découpe la période à chaque mouvement de trésorerie, on calcule le rendement de chaque sous-période, puis on les enchaîne géométriquement. Le résultat ne dépend plus du moment où vous avez ajouté ou retiré de l'argent.

C'est pourquoi les fonds et gérants publient leur performance en TWR : elle isole la qualité de la stratégie et permet une comparaison équitable avec un indice de référence (benchmark). Si vous voulez répondre à « mon allocation a-t-elle été bonne, indépendamment de mes apports ? », le TWR est la bonne mesure.

Le MWR / TRI (money-weighted return) : votre rendement personnel

Le MWR, rendement pondéré par les flux (aussi appelé taux de rendement interne, TRI ou IRR), est le taux d'actualisation qui met à zéro la valeur actuelle nette de tous vos flux : versements, retraits et valeur finale. Il tient compte du timing et du montant de chaque mouvement — c'est donc le rendement que votre argent vous a réellement rapporté.

Conséquence pratique : si vous avez investi une grosse somme juste avant une hausse, votre MWR dépasse le TWR ; si vous avez renforcé juste avant une baisse, il tombe en dessous. Le TWR juge la stratégie, le MWR juge vos décisions d'apport. Les deux sont utiles et répondent à des questions différentes.

Quel indicateur choisir ? Pour comparer un fonds, un gérant ou votre stratégie à un indice : TWR. Pour savoir combien vous avez concrètement gagné, timing de vos versements inclus : MWR / TRI. Un bon outil affiche les deux, et toujours en net de frais.

L'effet de change (FX) pour un investisseur en CHF

Pour un résident suisse, le franc est la seule unité qui compte au final. Un actif libellé en dollars ou en euros ajoute une deuxième source de performance — la variation du taux de change. La règle se résume à une formule simple : rendement en CHF ≈ (1 + rendement en devise) × (1 + variation du taux de change) − 1. Autrement dit, un gain en USD peut fondre, voire devenir une perte, si le dollar recule face au franc.

C'est le talon d'Achille des portefeuilles très exposés au dollar. Une option pour neutraliser ce risque est de recourir à des ETF couverts en CHF (hedged), au prix d'un léger coût de couverture. Dans tous les cas, mesurer sa performance en francs — et non dans la devise d'origine — est indispensable pour ne pas se raconter d'histoires.

Exemple chiffré (hypothétique)

L'exemple ci-dessous est purement illustratif : les chiffres sont inventés pour la démonstration et ne reflètent aucun marché réel. Supposons un achat d'ETF américain, la devise de départ étant le dollar.

Étape (exemple hypothétique) Valeur
Investissement initial USD 10'000 (≈ CHF 9'000 au taux hypothétique 0,90)
Performance de l'ETF (en USD) +10 % → USD 11'000
Variation du dollar face au CHF −12 %
Valeur finale convertie en CHF ≈ CHF 8'712
Performance réelle en CHF ≈ −3,2 %

Lecture : l'ETF a gagné 10 % en dollars, mais comme le dollar a perdu 12 % face au franc, l'investisseur suisse se retrouve avec une perte d'environ 3,2 % en CHF — avant même de compter les frais. C'est exactement pour cela que la devise de mesure change tout. (Exemple hypothétique, à titre pédagogique uniquement.)

Checklist pour mesurer proprement

  • Tout ramener en CHF : convertissez chaque position au taux de change actuel avant de juger la performance.
  • Raisonner net de frais : intégrez courtage, spreads, droits de garde, TER et droit de timbre.
  • Choisir la bonne mesure : TWR pour comparer la stratégie, MWR/TRI pour votre rendement personnel.
  • Fixer une période cohérente : comparez toujours sur le même horizon (année civile, 12 mois glissants, depuis l'origine).
  • Se comparer à un benchmark : un rendement n'a de sens que face à un indice de référence pertinent.
  • Consolider tous les comptes : une performance par courtier ne dit rien de votre patrimoine net global.

C'est précisément ce qu'Alpgain automatise : un PnL réel qui inclut les frais et l'effet de change, le tout ramené en CHF — là où beaucoup d'outils étrangers affichent un gain brut dans la devise d'origine. Vous voyez d'un coup d'œil ce que votre portefeuille a vraiment rapporté, sans calcul manuel. Ouvrez votre tableau de bord pour consolider vos comptes en francs.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre TWR et MWR ?

Le TWR neutralise l'effet des apports et retraits pour mesurer la performance de la stratégie ou du gérant : c'est la mesure utilisée par les fonds pour se comparer à un indice. Le MWR (ou TRI) tient compte du moment et du montant de chaque versement : il reflète le rendement réellement obtenu par l'investisseur sur son capital.

Pourquoi mon rendement en CHF diffère de celui de mon courtier étranger ?

Parce que le courtier affiche généralement la performance dans la devise de l'actif (USD, EUR) et souvent avant certains frais. Pour un investisseur suisse, la performance réelle se mesure en francs : il faut convertir la valeur au taux de change actuel. Un gain en dollars peut devenir une performance plus faible, voire une perte, en CHF si le dollar a baissé face au franc.

Les frais ont-ils vraiment un impact important sur le long terme ?

Oui. Commissions de courtage, spreads, droits de garde, frais courants du fonds (TER) et droit de timbre de négociation réduisent le rendement chaque année. À cause des intérêts composés, un écart de frais annuels, même modeste, se traduit par une différence sensible de capital final sur plusieurs décennies. La performance réelle est toujours nette de frais.

Dois-je utiliser le TWR ou le MWR pour évaluer ma performance ?

Utilisez le TWR pour juger la qualité d'une stratégie ou d'un gérant et la comparer à un indice, car il ignore le timing de vos versements. Utilisez le MWR/TRI pour savoir combien votre argent vous a réellement rapporté, timing des apports inclus. Les deux sont complémentaires.

Information à but éducatif. Cet article ne constitue pas un conseil en placement, fiscal ou juridique individualisé. Alpgain n'est ni une banque, ni un gestionnaire de fortune, ni un conseiller agréé FINMA. Les montants et règles fiscales varient selon le canton et évoluent ; vérifiez toujours les chiffres officiels et, pour une décision adaptée à votre situation, consultez un professionnel qualifié.