Le problème : la performance affichée n'est pas celle que vous touchez
Quand un fonds S&P 500 affiche +12 % sur l'année, ce chiffre est libellé en USD. Si dans le même temps l'USD perd 6 % face au CHF, votre rendement réel en francs n'est pas de 12 % mais d'environ +5,3 % ((1,12 × 0,94) − 1). C'est ce qu'on appelle l'érosion par le change.
Sur des périodes courtes, ce frottement peut paraître anecdotique. Sur 10 ou 20 ans, il devient un facteur de performance à part entière — surtout pour un investisseur basé en Suisse, où la devise locale a structurellement tendance à s'apprécier.
Comment fonctionne un ETF hedged CHF
Un ETF « currency hedged CHF » réplique le même panier d'actifs que la version classique (par exemple le S&P 500), mais le gestionnaire achète des contrats à terme (forwards) pour neutraliser, mois après mois, l'impact des mouvements USD/CHF.
Vous récupérez donc la performance « locale » de l'indice, comme si vous étiez un investisseur américain — sans subir la baisse du dollar, mais sans bénéficier non plus d'une éventuelle hausse.
L'idée clé : un ETF hedged ne vous protège pas contre la chute des marchés. Il vous protège uniquement contre les variations de la devise dans laquelle les actifs sous-jacents sont libellés.
Le coût caché de la couverture
La couverture n'est pas gratuite. Elle se compose de trois éléments :
- TER plus élevé : les versions hedged coûtent typiquement 0,05 à 0,15 % par an de plus que la version non couverte (souvent ~0,20 % vs ~0,07 %).
- Coût implicite des forwards : il dépend du différentiel de taux d'intérêt entre les deux devises. Quand les taux US sont supérieurs aux taux CH, le hedge a un coût additionnel de l'ordre de 1 à 3 % par an.
- Tracking error : la couverture est rebalancée mensuellement, jamais parfaite — d'où un léger écart résiduel.
Exemple chiffré sur S&P 500
| Élément | Non hedged (USD) | Hedged CHF |
|---|---|---|
| TER moyen | 0,07 % | 0,20 % |
| Coût hedge implicite (2026) | 0,00 % | ~1,5 % à 2,5 % |
| Coût total annuel estimé | 0,07 % | ~1,7 % à 2,7 % |
| Sensibilité à l'USD/CHF | Pleine exposition | Quasi nulle |
Performance historique : hedged vs non hedged
Sur les 10 dernières années (2016 → 2026), un MSCI World non hedged en CHF a fait approximativement +8,5 % annualisé. La version hedged CHF a, elle, livré environ +9,2 % annualisé grâce à une couverture historiquement bon marché jusqu'en 2022.
Mais sur les 20 dernières années, le résultat s'inverse : la non hedged a battu la hedged d'environ 0,4 point par an, le coût cumulé de la couverture ayant fini par excéder le bénéfice apporté par le hedge sur certaines fenêtres.
Ce que montrent les études académiques : sur les actions, et sur des horizons de plus de 10 ans, la couverture systématique a généralement un coût net pour un investisseur en CHF. Sur les obligations en revanche, le hedge est presque toujours bénéfique — parce que la volatilité du change est du même ordre de grandeur que la performance attendue.
Fiscalité suisse : un point souvent oublié
Pour un résident fiscal suisse, les gains de change sur des ETF non distribuants ne sont pas spécifiquement taxés : seul le revenu (dividendes / coupons) l'est, à l'impôt sur le revenu cantonal et fédéral.
Conséquence : choisir un ETF hedged ne génère pas de complexité fiscale particulière. Le seul piège vient de la retenue à la source et de l'éligibilité éventuelle à un remboursement (notamment via les conventions de double imposition USA / Suisse). Privilégiez les ETF UCITS domiciliés en Irlande pour optimiser ce point — qu'ils soient hedged ou non.
Quand un ETF hedged a vraiment du sens
- Sur les obligations en devises étrangères. Le rendement attendu d'un Treasury 10 ans est de 4 % ; la volatilité de l'USD/CHF est d'environ 8 %. Sans hedge, le risque de change domine le risque de taux — le hedge est presque obligatoire.
- Pour un horizon court (< 5 ans). Si vous avez besoin de votre capital dans 3 ans pour acheter un bien immobilier en Suisse, vous ne voulez pas dépendre de l'USD/CHF à ce moment précis.
- Pour réduire la volatilité d'un portefeuille déjà très exposé en USD. Si 80 % de vos actions sont aux États-Unis, hedger une partie peut lisser la trajectoire du portefeuille sans la casser.
Quand un ETF non hedged reste préférable
- Horizon long terme (10 ans+) sur des actions mondiales — le coût de la couverture finit en général par excéder le bénéfice.
- 3e pilier en fonds d'actions — la majorité des solutions VIAC, Frankly, Finpension utilisent des ETF non hedged ; sur 30 ans, c'est statistiquement un bon choix.
- Portefeuille déjà diversifié en devises (USD + EUR + CHF + JPY) — la diversification fait elle-même office de couverture partielle.
Notre cadre de décision en 4 questions
- Quel est mon horizon d'investissement ? (< 5 ans → hedge ; > 10 ans → souvent pas)
- Quelle classe d'actifs ? (obligations → hedge ; actions → souvent pas)
- Quel différentiel de taux entre la devise du sous-jacent et le CHF ? (> 2 % → coût significatif)
- Mon portefeuille global est-il déjà diversifié en devises ? (oui → moins besoin de hedger)